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| Sur Isabelle Jarousse
Dessins ou plissés, tout est affaire de papier. À l'Ecole des Beaux-Arts d'Angoulême, installée dans les bâtiments d'une ancienne usine, Isabelle Jarousse a appris à faire de la pâte à papier. Un enseignement dont elle a tiré profit. Le papier est devenu pour elle matière et matrice, à la fois support et creuset d'un langage, provocation à la création. Son art subtil est qu'elle obéit, d'une certaine façon, aux suggestions géologiques émanant des épaisseurs qu'elle projette et structure, comme si elles étaient elles-mêmes en enfantement de genèse, et qu'elle n'en impose pas moins ses rythmes et sa vision
grouillante et obstinée, figures humaines, flore et faune enlacées d'un paradis exotique qui lui appartient. Certes, le hasard, avec lequel elle sait jouer, n'est pas étranger à cette procréation - plus élémentaire qu'édénique et d'un érotisme naïvement animal - mais il est certain que, sur la durée du travail qu'engage chacune de ses œuvres, Isabelle Jarousse maîtrise toutes les composantes et qu'elle guide fermement son peuple des crevasses, des fissures, des rides de l'écorce, niché là où il existe un espace à remplir. |
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Un peuple sans histoire, non narratif, car il n'est point le héros d'une fable mais l'alphabet d'un langage, l'ornementation d'une surface plane ou ravinée, un répertoire de signes pour l'ordonnance d'une composition très volontaire dont Isabelle Jarousse affirme qu'on peut la tenir pour abstraite. À distance, en effet, dessins à plat ou plissés se voient en tant que surfaces ornées de flux ondulatoires stratifiés ou de calligraphies sans repos, toutes pleines et denses. À regarder de plus près, les figures miniaturisées, tracées au pinceau à l'encre de Chine sur le papier inerte ou tumultueux ne paraissent ni totalement innocentes, ni dépourvues totalement de cousinages. Ainsi que dans un rêve de béatitude, elles disent le plaisir des corps sans contrainte bercés par les animaux et les plantes, et, dessinées précisément, elles évoquent les mythes d'anciennes civilisations, d'anciens tissus, d'anciens livres, d'anciens langages simples et pourtant secrets. L'alchimie d'Isabelle Jarousse, combinant abstraction et figuration, fait surgir sur les parois de papier un monde qui ne relève que de la poésie. Visible et même familier et pourtant énigmatique.
Jean-Jacques Lerrant - janvier 2004 |
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| Au coeur du noeud froissé de la matière
« Je m'inspire de la vie et j'en fais tout un monde ». Isabelle Jarousse aime dessiner tout ce qui existe dans ce monde, la guerre et la paix, la violence et le calme, les personnages qui parlent et crient — et les morts aussi, ceux qui dorment sans souffrir - ...
La vie dans les plis : le mouvement, la forme, la matière, l'épaisseur. Ce rapport avec le tissu, la pâte de chiffon, c'est la douceur retrouvée de la peau. Quand les plis sont mouillés, cette envie de plonger dans la matière opaque, terriblement sensuelle. Le papier blanc brille un peu, appel voluptueux ... alors se glissent les créatures dedans les plis, puisque le créateur ne peut s'y jeter lui-même. Dans les crevasses, au plus profond du secret de leur envoûtante sensualité – humide repli de soi dans les cavernes de l'être - ce bonheur enfanté par la matière meuble et lisse des commencements. Pas d'exotisme, mais le plaisir d'un érotisme sobre, de ces femmes aux corps offerts dans la simplicité du jour. Alors que les hommes armés de pieux et de piques brandissent la violence sourde de ces bâtons qui voudraient relier, mais se durcissent dans la férocité. Des « débats nocturnes » au " paradis des extravagances », au-delà des métaphores d'un exil dans l'imaginaire, comment nommer la continuité de cette vie recluse dans les sillons de la matière ? Chaque œuvre cherche la force d'un langage, la transmutation de cette fluidité originelle de la vie sentie, aussitôt représentée, en une langue étrangère purement plastique :
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représentée, en une langue étrangère purement plastique : figuration abstraite de ronds, traits, points, courbes et plis qui tracent les signes d'une écriture secrète, hiéroglyphes de nos désirs et de nos rêves ...
Isabelle Jarousse revendique l'heureuse contradiction de son travail. Entre le lisse et le plissé, l'épais et le ténu, le vaporeux et le lourd, le noir et le blanc, le doux et le dur, le violent et le calme, le poisson et l'oiseau, le féroce et le gentil. Entre le papier buvard, tendre et profond et le pinceau très fin qui le caresse et le noircit d'encre de chine. El!e irait plus vite avec la plume, mais elle ne veut pas entamer d'une pointe acérée cette peau miraculeuse. Alors, pour ce travail chargé en figuration, la technique se fait très lente, minutieuse, appliquée à l'insoupçonnable. Les plis crispent la main, cassent la tête ; le plissé entre en guerre avec le lisse dont l'immense bavardage emplit l'espace d'échos multipliés, répandus aussitôt en mystérieux appels. Tandis que dans le grondement des plis, comme un trésor étreint par la terre limoneuse, glissent jusqu'au sombre silence les prisonniers de cette gangue épaisse où s'accomplissent tour à tour les rites de l'angoisse et du sommeil. Sur la même surface, désormais, la confrontation des textures, lavée de tout hasard, structure chaque œuvre nouvelle, lui imposant volume et sens, bien avant que le dessin n'épanche la magie de ses métamorphoses. Au cœur du nœud froissé de la matière qui conçut l'appel de son chant, l'oiseau sans frémir peut nidifier.
Anne Brouan - 2004
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Isabelle Jarousse - Au carrefour des transhumances ...
(...) Dans ces territoires aux antipodes de l'imaginaire, le foisonnement est incessant et la solitude rare. Ce que le dessin révèle ne s'éprouve pas en surface. Il faut le vivre de l'intérieur pour le faire surgir. Or, si la main de l'artiste est le sismographe de cette révélation, le support en est un autre.Le dessin d'Isabelle Jarousse s'articule différemment selon deux types de surfaces consubstantielles (le papier chiffon qu'elle fabrique) et complémentaires comme les deux faces, visible et invisible, d'un même astre; soit le «plat » et le «plissé» ...
Christophe Guitard, Paris - mai 2003 (extrait) |
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